Sa vie elle ressemble
à ces soldats sans armes
Qu'on avait habillés
pour un autre destin
A quoi peut leur servir
de ce lever matin
Eux qu'on retrouve
au soir désoeuvrés incertains
Dites ces mots ma
vie et retenez vos larmes
Il n'y a pas d'amour
heureux
Mon bel amour mon cher
amour ma déchirure
Je te porte en moi
comme un oiseau blessé
Et ceux-là
sans savoir nous regardent passer
Répétant
après moi les mots que j'ai tressés
Et qui pour tes grands
yeux tout aussitôt moururent
Il n'y a pas d'amour
heureux
Le temps d'apprendre
à vivre il est déjà trop tard
Que pleurent dans
la nuit nos coeurs à l'unisson
Ce qu'il faut de malheur
pour la moindre chanson
Ce qu'il faut de regrets
pour payer un frisson
Ce qu'il faut de sanglots
pour un air de guitare
Il n'y a pas d'amour
heureux
Il n'y a pas d'amour
qui ne soit douleur.
Il n'y a pas d'amour
dont on ne soit meurtri.
Il n'y a pas d'amour
dont on ne soit flétri.
Et pas plus que de
toi l'amour de la patrie
Il n'y a pas d'amour
qui ne vive de pleurs.
Il n'y a pas d'amour
heureux.
Mais c'est notre amour
à tous les deux.
Un jour tu passes la
frontière
D'où viens-tu
mais où vas-tu donc
Demain qu'importe
et qu'importe hier
Le coeur change avec
le chardon
Tout est sans rime
ni pardon
Passe ton doigt là
sur ta tempe
Touche l'enfance de
tes yeux
Mieux vaut laisser
basses les lampes
La nuit plus longtemps
nous va mieux
C'est le grand jour
qui se fait vieux
Les arbres sont beaux
en automne
Mais l'enfant qu'est-il
devenu
Je me regarde et je
m'étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses
pieds nus
Peu a peu tu te fais
silence
Mais pas assez vite
pourtant
Pour ne sentir ta
dissemblance
Et sur le toi-même
d'antan
Tomber la poussière
du temps
C'est long vieillir
au bout du compte
Le sable en fuit entre
nos doigts
C'est comme une eau
froide qui monte
C'est comme une honte
qui croît
Un cuir à crier
qu'on corroie
C'est long d'être
un homme une chose
C'est long de renoncer
à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans
de nous
Lentement plier nos
genoux
O mer amère
ô mer profonde
Quelle est l'heure
de tes marées
Combien faut-il d'années-secondes
A l'homme pour l'homme
abjurer
Pourquoi pourquoi
ces simagrées
Rien n'est précaire
comme vivre
Rien comme être
n'est passager
C'est un peu fondre
comme le givre
Et pour le vent être
léger
J'arrive où
je suis étranger