
Que l'homme perde sa faculté
d'indifférence: il devient assasssin virtuel;
qu'il transforme son idée en dieu:
les conséquences en sont incalculables.
On ne tue qu'au nom d'un dieu ou de ses
contrefaçons. Les époques de ferveur
excellent en exploits sanguinaires:
Ste Thérese
ne pouvait qu'etre contemporaire des autodafés, et Luther
du massacre des paysans...
Le diable paraît bien pâle auprès de celui qui dispose
d'une vérité,
de sa vérité.
Les vrais criminels sont ceux qui établissent une orthodoxie
sur le plan religieux
ou politique, qui distinguent entre le fidèle et le schismatique.
Lorsqu'on se refuse à admettre le caractère interchangeable
des idées, le sang coule...
Regardez autour de vous: partout des larves qui prechent; chaque institution
traduit une mission... La société est un enfer de sauveurs!
Ce qu'y cherchait
Diogène avec sa lanterne, c'était un indifférent...
Il me suffit d'entendre
quelqu'un parler sincèrement d'idéal, d'avenir,
de philosophie, de
l'entendre dire "nous" avec une inflexion d'assurance, d'invoquer "les
autres" et s'en estimer l'interprète pour que je le considère
mon ennemi...
On se méfie des finauds, des fripons, des farceurs; pourtant,
on ne saurait leur
imputer aucune des grandes convulsions de l'histoire... L'humanité
leur doit le peu de moments de prospérité qu'elle connut...
Le fanatique, lui,
est incorruptible: si pour une idée, il tue, il peut tout
aussi bien se faire
tuer pour elle; dans les deux cas, tyran ou martyr,
c'est un monstre;
les grands persécuteurs se recrutent parmi les martyres auxquels
on n'a pas coupé la tête...
Dans tout homme sommeille un prophète, et quand il s'éveille
il y a un peu plus
de mal dans le monde... [...]
