Si j'ai du goût,
ce n'est guères
Que pour la terre
et les pierres.
Dinn! dinn! dinn! dinn
! Mangeons l'air,
Le roc, les charbons,
le fer.
Mes faims, tournez.
Paissez, faims,
Le pré des
sons !
Attirez le gai venin
Des liserons ;
Mangez
Les cailloux qu'un
pauvre brise,
Les vieilles pierres
d'église,
Les galets, fils des
déluges,
Pains couchés
aux vallées grises !
Mes faims, c'est les
bouts d'air noir;
L'azur sonneur;
- C'est l'estomac
qui me tire.
C'est le malheur.
Sur terre ont paru
les feuilles !
Je vais aux chairs
de fruit blettes.
Au sein du sillon
je cueille
La doucette et la
violette.
Ma faim, Anne, Anne
!
Fuis sur ton âne.
Entends comme brame
près des acacias
en avril la rame
viride du pois !
Dans sa vapeur nette,
vers Phoebé ! tu vois
s'agiter la tête
de saints d'autrefois...
Loin des claires meules
des caps, des beaux toits,
ces chers Anciens veulent
ce philtre sournois...
Or ni fériale
ni astrale ! n'est
la brume qu'exhale
ce nocturne effet.
Néanmoins ils restent,
- Sicile, Allemagne,
dans ce brouillard triste
et blêmi, justement !
Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Je buvais, accroupi dans quelque bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Par un brouillard d'après-midi tiède et vert.
Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert.
Que tirais-je à la gourde de colocase ?
Quelque liqueur d'or, fade et qui fait suer.
Tel, j'eusse été mauvaise enseigne d'auberge.
Puis l'orage changea le ciel, jusqu'au soir.
Ce furent des pays noirs, des lacs, des perches,
Des colonnades sous la nuit bleue, des gares.
L'eau des bois se perdait sur des sables vierges,
Le vent, du ciel, jetait des glaçons aux mares...
Or ! tel qu'un pêcheur d'or ou de coquillages,
Dire que je n'ai pas eu souci de boire!