Sa joue a retrouvé
le printemps du repos
O corps sans poids
pose dans un songe de toile
Ciel formé
de ses yeux à l'heure des étoiles
Un jeune sang l'habite
au couvert de sa peau
La voila qui reprend
le versant de ses fables
Dieu sait obéissant
à quels lointains signaux
Et c'est toujours
le bal la neige les traineaux
Elle a rejoint la
nuit dans ses bras adorables
Je vois sa main bouger
Sa bouche Et je me dis
Qu'elle reste pareille
aux marches du silence
Qui m'échappe
pourtant de toute son enfance
Dans ce pays secret
à mes pas interdit
Je te supplie amour
au nom de nous ensemble
De ma suppliciante
et folle jalousie
Ne t'en va pas trop
loin sur la pente choisie
Je suis auprès
de toi comme un saule qui tremble
J'ai peur éperdument
du sommeil de tes yeux
Je me ronge le coeur
de ce coeur que j'écoute
Amour arrête-toi
dans ton rêve et ta route
Rends-moi ta conscience
et mon mal merveilleux
À l'ombre des
oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps
soudain se lève et tes yeux changent
L'été
taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais
bleu comme il l'est sur les blés
Les vents chassent
en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs
que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux
le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais
si bleu qu'à sa brisure
Mère des Sept
douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé
le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant
qui point entre les pleurs
L'iris troué
de moir plus bleu d'être endeuillé
Tes yeux dans le malheur
ouvrent la double brèche
Par où se reproduit
le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant
ils virent tous les trois
Le manteau de Marie
accroché dans la crèche
Une bouche suffit au
mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons
et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament
pour des millions d'astres
Il leur fallait tes
yeux et leurs secrets gémeaux
L'enfant accaparé
par les belles images
Écarquille
les siens moins démesurément
Quand tu fais les
grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse
ouvre des fleurs sauvages
Cachent-ils des éclairs
dans cette lavande où
Des insectes défont
leurs amours violentes
Je suis pris au filet
des étoiles filantes
Comme un marin qui
meurt en mer en plein mois d'août
J'ai retiré
ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé
mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent
fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon
Pérou ma Golconde mes Indes
Il advint qu'un beau
soir l'univers se brisa
Sur des récifs
que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller
au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les
yeux d'Elsa les yeux d'Elsa
Donne moi tes mains pour l'inquiétude
Donne moi tes mains dont j'ai tant rêvé
Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
Donne moi tes mains que je sois sauvé
Lorsque je les prends à mon pauvre piège
De paume et de peur, de hâte et d'émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fond de partout dans mes mains à moi
Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D'une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d'inconnu
Donne-moi tes mains que mon coeur s'y forme
S 'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.
C'était hier
et c'est demain
Je n'ai plus que toi
de chemin
J'ai mis mon coeur
entre tes mains
Avec le tien comme
il va l'amble
Tout ce qu'il a de
temps humain
Nous dormirons ensemble
Mon amour ce qui fut
sera
Le ciel est sur nous
comme un drap
J'ai refermé
sur toi mes bras
Et tant je t'aime
que j'en tremble
Aussi longtemps que
tu voudras
Nous dormirons ensemble
Il y a des choses qui
me rongent La nuit
Par exemple des choses
comme
Comment dire comment
des choses comme des songes
Et le malheur c'est
que ce ne sont pas du tout des songes
Il y a des choses qui
me sont tout à fait
Mais tout à
fait insupportables même si
Je n'en dis rien même
si je n'en
Dis rien comprenez
comprenez moi bien
Alors ça vous
parfois ça vous étouffe
Regardez regardez
moi bien
Regardez ma bouche
Qui s'ouvre et ferme
et ne dit rien
Penser seulement d'autre
chose
Songer à voix
haute et de moi
Mots sortent de quoi
je m'étonne
Qui ne font de mal
à personne
Au lieu de quoi j'ai
peur de moi
De cette chose en
moi qui parle
Je sais bien qu'il
ne le faut pas
Mais que voulez-vous
que j'y fasse
Ma bouche s'ouvre
et l'âme est là
Qui palpite oiseau
sur ma lèvre
O tout ce que je ne
dis pas
Ce que je ne dis à
personne
Le malheur c'est que
cela sonne
Et cogne obstinement
en moi
Le malheur c'est que
c'est en moi
Même si n'en
sait rien personne
Non laissez moi non
laissez moi
Parfois je me le dis
parfois
Il vaut mieux parler
que se taire
Et puis je sens se
dessécher
Ces mots de moi dans
ma salive
C'est là le
malheur pas le mien
Le malheur qui nous
est commun
Epouvantes des autres
hommes
Et qui donc t'eut
donné la main
Etant donné
ce que nous sommes
Pour peu pour peu que
tu l'aies dit
Cela qui ne peut prendre
forme
Cela qui t'habite
et prend forme
Tout au moins qui
est sur le point
Qu'écrase ton
poing
Et les gens Que voulez-vous
dire
Tu te sens comme tu
te sens
Bête en face
des gens Qu'étais-je
Qu'étais-je
à dire Ah oui peut-être
Qu'il fait beau qu'il
va pleuvoir qu'il faut qu'on aille
Où donc Même
cela c'est trop
Et je les garde dans
les dents
Ces mots de peur qu'ils
siginifient
Ne me regardez pas
dedans
Qu'il fait beau cela
vous suffit
Je peux bien dire
qu'il fait beau
Même s'il pleut
sur mon visage
Croire au soleil quand
tombe l'eau
Les mots dans moi
meurent si fort
Qui si fortement me
meurtrissent
Les mots que je ne
forme pas
Est-ce leur mort en
moi qui mord
Le malheur c'est savoir
de quoi
Je ne parle pas à
la fois
Et de quoi cependant
je parle
C'est en nous qu'il nous faut nous taire