La Place de
l'Étoile dont il s'agit dans la pièce de Robert Desnos n'est
pas celle qui rayonne au bout de l'Avenue des Champs-Élysées
à Paris,
mais la place à chercher d'une étoile jamais
encore issue dans le vide du coeur. Les fantômes existent, ne cesse
de répéter Robert Desnos au cours
de cet anti-poème qui sur le destin secret des
choses a voulu visiblement en dire plus que toute la Tragédie. Ce
texte qui ne s'apparente à aucun texte connu, en effet n'est pas
écrit. Mais il est là, beaucoup plus que bien des choses
écrites, je veux dire qu'il y a d'étranges coups de ciseau
à froid
entre toutes les paroles spectrales émises par
les interlocuteurs, comme
d'un homme qui à voulu rester en marge de l'être
et en faire sauter en
dedans la volonté d'élocution. Car de quoi
s'agit-il dans cette pièce sinon
en effet de rien, je veux dire de cet insane hasard,
de cette émulsion impossible d'absences ou toujours l'improbable
a lieu et jamais la réalité?
Une ébullition à propos de rien. -Mais
moi j'y vois beaucoup plus que cela: l'histoire d'une âme qui n'a
jamais pu vivre et qui
finalement a été écartée
de l'existence par le typhus dans un camp d'extermination.
Robert Desnos, quand il
écrivit cette pièce, se savait déjà menacé
de mort, une mort dont il ne
cessait de voir les fantômes et, à l'inverse
de tous les hommes, il le disait, ne craignant pas, lui,
d'être pris pour un halluciné. Car cette
vie n'est qu'un monde de larves et de foetus émis par
l'inconscient mesquin de tous les êtres, et qui
n'ont pas d'autre préoccupation ni d'autre but que de
monter nuit et jour la garde autour de toutes les consciences
suspectes de ne pas vouloir se rendre
comme elles au principe du refoulement. Qui consiste
cet humoristique principe non pas à habiller
les autres des pensées dont on ne veut pas mais
à prendre aux bonnes consciences toutes les
pensées qu'elles refoulent, afin d'en profiter
à leur place et en elles jusqu'à leur décomposition,
de les
leur rendre décomposées et infectes et
de leur faire par refoulement ensuite porter le poids de cette
infection, en, soi-même, s'en gardant sauf. Et
c'est ainsi que Robert Desnos est mort du typhus dans
un camp d'extermination où la « garde-chiourme
» nazie avait derrière elle et à travers elle une armée
d'envoûteurs juifs ou chrétiens. Car Robert
Desnos l'auteur de cet anti-poème « la Place de l'Étoile
»
était avant tout un poète qui n'avait jamais
pu accepter la vie, une fleur trop rare pour ce monde et
qui n'y vécut depuis sa naissance qu'étouffée
et asphyxiée... Et j'ai vu sur la vitre de la salle où j'écris
sur lui cet article l'âme de Robert Desnos m'aider
à faire dans mon dos le tau acéré du glaive qui en
gardera dans mon corps la mémoire jusqu'au jour
du jugement.
Le livre de Robert Desnos
a été publié à Rodez par Gaston Ferdière,
âme perdue depuis avant
le désastre de la première Atlantide et
qui depuis tant de siècles se cherche sous un amoncellement
innombrable de morts. Car pour lui le culte de l'amitié
n'est pas mort.